Mes autres "moi"

01 juin 2010

Claustrations...

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Bonne lecture!

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28 mai 2009

Regarde les étoiles...

Après plusieurs mois de silence, voici enfin une petite mise à jour de mon blog.

Pour la nouvelle qui suit, j'ai décidé de suivre un thème imposé par un concours littéraire. Il s'agit de la première fois que j'écris de façon "imposée". L'exercice est plus compliqué qu'il n'y paraît. Le thème du concours était "La tête dans les étoiles". Vous trouvez ci-joint ce que m'a inspiré ce thème. Bonne lecture...

Regarde_les__toiles

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25 novembre 2008

2 592 000 secondes...

Comme promis, il y a maintenant un long moment, voici la nouvelle en question.

Malheureusement, elle n'a pas été primée...

Bonne lecture!

2 592 000 secondes

Novembre. Huit lettres. Trente jours. Sept cent vingt heures. La morosité plane sur la ville. Les nuits chassent les jours. Dix-sept heures, il fait déjà sombre. Son âme l'est aussi. La lumière ne reviendra pas avant janvier. Pourquoi ? Il ne sait pas. Ce qu'il sait, c'est que chaque année, le onzième mois lui fait du mal. Son moral est aussi gris que le ciel.

Chaque matin, il souffre. Le réveil retentit. Il est déjà l'heure. Il fait encore nuit. Pourtant la journée a débuté. Comme tous les matins, il se lève à contrecœur. Un boulet invisible ralentit sa marche rituelle : toilettes, cuisine, terrasse, toilettes, salle de bains. Il embrasse sa femme avant de claquer la porte, laissant derrière lui le confort de son foyer. Une fois dans sa voiture, il s'observe dans le rétroviseur. Son reflet a mauvaise mine. Il ne s'est pas rasé ce matin, ce qui assombrit davantage son expression. Il hausse les épaules. Il met le contact et démarre. Direction le bureau.

Là-bas, il passe son temps à se demander ce qu'il fait là. Il est très sociable. Pourtant, il adresse à peine la parole à ses collègues. Il s'installe à sa place. Il dit bonjour. On ne lui répond pas. Ce n'est pas grave, il a l'habitude. Son regard se pose sur le coin inférieur droit de l'écran de son ordinateur. Huit heures. Il lève les yeux au plafond : il est là jusque dix-huit heures, au moins. Dehors, les ténèbres cèdent peu à peu la place à la clarté diurne. Comme toujours, sa collègue passe son temps à raconter des histoires idiotes. Il sourit pour lui faire plaisir. Que fait-il là ? Ce n'est pas un endroit pour quelqu'un comme lui. Il faut qu'il trouve un autre emploi.

Novembre. Deux millions cinq cent quatre-vingt-douze secondes. Tout ce temps perdu à appréhender négativement sa vie. Quoi qu'il fasse, rien ne le satisfait. En cette période d'hibernation, il voudrait lui aussi s'enfermer dans son antre. Il désirerait tant se couper du monde. Ne voir personne. Ne plus entendre les niaiseries qui l'accablent à longueur de journée. Il souhaiterait disparaître un temps. Il reviendrait. Il aime trop la vie. Il a seulement besoin de repos. Se ressourcer, c'est ce dont il rêve. Mais la vie l'en empêche. Il a des responsabilités et doit les assumer. Ce n'est pas grave. Ça passera. Il le sait. Il se connaît.

La seule personne à qui il daigne adresser la parole lui fait signe de la main. C'est le moment de la pause. Ce qu'elle va être courte... Juste le temps d'une cigarette et trois tours du bâtiment.

Avec délectation, il tire sur le mégot. Ce petit instant de destruction pulmonaire lui fait du bien. Chaque bouffée est une délivrance, comme si la noirceur de ses pensées partait en fumée. À peine la cigarette écrasée sous son pied qu'il doit rejoindre son bureau. Déjà. Il soupire.

Il s'installe devant son ordinateur. Il lève les yeux au plafond. Encore huit longues heures à passer dans cet endroit. Il jette un coup d'œil affligé autour de lui. Certains de ses collègues, n'ayant visiblement pas grand-chose à faire, font les pitres. Ils l'exaspèrent tous. La haine. C'est le sentiment qui l'habite tous les jours entre huit et dix-huit heures. Cette hostilité se fait plus présente en ce mois de Novembre. Un peu moins de sept cents heures avant le trépas de cette morosité sournoise. Va-t-il parvenir à contenir toute cette animosité ? Il n'en sait rien.

Chaque année, Novembre le met dans le même état. L'obscurité des journées le hérisse. Il a songé à une cure de luminothérapie comme le conseillent les spécialistes. N'importe quoi. Quelle idée saugrenue ! « Placez-vous une trentaine de minutes devant cette lampe et vous irez mieux ». À cette pensée, il réprime un rire nerveux.

Quotidiennement, il se monte mentalement une pièce de théâtre dans laquelle il a le rôle principal. Il est employé dans une entreprise où il s'ennuie à mourir. Il finit par arracher les câbles de son ordinateur pour les jeter au visage de sa collègue de droite. Pauvre idiote. Ensuite, il s'imagine sauter sur son voisin de gauche pour lui enfoncer un crayon dans la carotide. Comme toujours, il est extirpé de ses pensées sauvages par la sonnerie du téléphone qui lui rappelle que le travail attend.

À la fin de la journée, il reprend le chemin du retour. Soulagement. Bouchons. Coups de klaxon et insultes. Une fois chez lui, il embrasse sa femme, s'installe à table pour dîner et feint d'avoir passé une bonne journée. Comme d'habitude. Il sait pertinemment que sa femme n'est pas dupe. Elle se contente de jouer le jeu. Elle affecte de le croire. Le repas englouti, elle fait la vaisselle tandis qu'il fume une cigarette sur le fauteuil, l'esprit ailleurs. Où ? Lui-même, il ne le sait pas. Peu importe, il broie du noir et c'est tout. Le plus important est de contenir sa haine, surtout devant sa femme. Il l'aime, mais voudrait changer de vie, celle qu'il mène ne lui convient plus. Ennui. Déconvenue. C'est ça la vie d'adulte ? Vivement l'arrivée de l'hiver : le gel et la neige ont un effet positif sur son moral. Tiendra-t-il jusque là ? Il soupire avant d'annoncer à sa femme qu'il va promener le chien. Sa vie ne se résume d'ailleurs qu'à cela : réveil douloureux, boulot accablant, dîner ordinaire, promenade apaisante, sommeil agité et parfois sexe intense.

Chaque jour ressemble à celui de la veille. Rien. Aucune surprise. Quelle perte de temps. Ce genre d'existence vaut-elle la peine d'être vécue ? Il attache la laisse au collier du chien avant de quitter la maison. Le vent lui fouette le faciès. Une fine pluie arrose délicatement la ville. Il frissonne. Les gouttelettes s'accrochent à ses cils. Sa vue se trouble. Il passe le revers de sa main sur ses yeux. Novembre. Trente jours. Sept cent vingt heures. Deux millions cinq cent quatre-vingt-douze secondes.

De retour chez lui, il embrasse sa femme qui semble clouée au fauteuil devant cette maudite émission de téléréalité. Comment peut-on être accroc à ce genre d'inepties. Le public est idiot? Hé bien rendons-le complètement inerte ! Elle est belle la télévision actuelle. Où est l'intérêt de s'enfermer pour que d'autres scrutent le moindre mouvement ? Il n'a jamais pu comprendre les raisons du succès d'une telle émission. Il faut croire qu'aujourd'hui, le règne des exhibitionnistes-voyeurs est parvenu à endormir les spectateurs. Les journaux traitent davantage de la misérable vie que mène un illustre inconnu qui s'exhibe dans une émission, que de la faim dans le monde. Incroyable !

Il balaie la pièce du regard. Soupir. Une journée tire sa révérence et rien ne change. Il se laisse choir dans le second fauteuil. La tête ployée, il s'efforce d'attirer les ondes positives de souvenirs de vacances. Rien n'y fait. Il hausse les épaules : il vient d'abdiquer.

Une page de publicité est annoncée. Libération temporaire. Sa femme le regarde sans mot dire. Elle esquisse un sourire. Il se force à faire de même. Son esprit est tourmenté par le tic tac que scande l'horloge. Le temps passe tellement vite. Il faut qu'il profite un maximum des quelques heures qui le séparent de demain. Comme chaque jour, il va devoir affronter l'hostilité du monde extérieur. Il souhaiterait tant ne jamais avoir à quitter son univers : son appartement, sa femme et son chien.

Le jingle de l'émission se fait entendre. C'est reparti. Il pivote la tête vers la fenêtre. Les gouttes d'eau qui viennent s'y écraser ruissellent sur la vitre comme les larmes dans son âme. Il roule les yeux. Ce satané mois ne va-t-il donc jamais prendre fin ? Sa femme finit par lui adresser quelques mots :

─ Chéri, j'aimerais te parler. L'émission se termine dans une quinzaine de minutes.

Il lui fait un signe de la tête, se mordant les lèvres. Lui, le mari, doit attendre la fin de cette mascarade télévisuelle pour pouvoir converser avec sa femme. Un comble ! Il prend son mal en patience, ne se doutant pas un seul instant de la teneur du discours qu'il va entendre...

Tel un enfant impatient, il scrute l'horloge. D'après ses calculs, cinq minutes le séparent d'une discussion avec son épouse. Pourtant, son estimation doit être erronée, car dix minutes plus tard, les protagonistes de cette sinistre émission continuent de parasiter l'écran de télévision. Il hausse les épaules avant d'annoncer à sa femme qu'elle le trouvera dans leur chambre. Elle ne cille pas. Il n'en est pas étonné. L'a-t-elle seulement entendu ? Il en doute.

En pénétrant dans la chambre, il tire les rideaux et allume sa lampe de chevet. Il se dévêt ensuite, enfile son pyjama trop usé et se glisse sous la couette. Sur la table de chevet l'attend un roman policier qu'il a bien du mal à achever. Cela fait des semaines qu'il l'a entamé, mais l'histoire lui semble si lente, si incongrue... Il s'efforce chaque soir d'en parcourir quelques pages. C'est plus fort que lui, il ne peut se résoudre à abandonner une lecture entamée. Il faut faire honneur au travail de l'écrivain, même si l'intrigue ne le satisfait guère. Question de goûts. Quoi qu'il en soit, l'auteur avait dû faire des recherches, rédiger, corriger, relire etc. Et seulement pour ce travail, tout roman mérite le respect de son lecteur. À tâtons, il s'immisce dans le monde cruel du tueur en série imaginé par l'écrivain.

Une dizaine de pages plus tard, sa femme apparaît dans l'embrasure de la porte :

─ Phil ? Je peux te parler ?

Il opine du chef sans détourner le regard de la phrase qu'il est en train de lire.

─ J'ai une nouvelle à t'annoncer. Une bonne nouvelle... enfin, j'espère.

Sans la regarder, il ferme le livre, le dépose à sa place et attend. Une bonne nouvelle, pense-t-il. Qu'a-t-elle encore inventé ?

─ Je t'écoute, Mae.

Un sourire retroussa les lèvres de sa femme.

─ J'ai du retard. J'ai fait le test, je suis... enceinte !

Cette annonce fait l'effet d'une bombe dans la tête de Phil. Le lit se dérobe sous son corps figé. Il a des haut-le-cœur. Un goût amer se déverse dans sa bouche. Mon Dieu, ce n'est pas possible. Non ! Pas ça ! Il ne veut en aucun cas être père. Sa mémoire le renvoie soudainement en enfance...

    Sa mère ou plutôt, sa génitrice, comme il l'avait surnommée, détestait son fils. Il se revoit dans le salon, fier d'arborer un superbe bulletin. Il devait avoir une dizaine d'années. Sa mère n'était jamais allée à aucune réunion de parents, ni fête de fin d'année scolaire. Elle avait bien d'autres activités à accomplir. Sa favorite ? Se faire sauter par des hommes aussi stupides que violents. Et elle se vengeait sur son enfant. Combien de fois l'avait-elle frappé ? Il ne peut pas s'en souvenir. Elle pratiquait également ce qu'on appelle le harcèlement moral. À maintes reprises, elle avait insulté son fils, bouteille de vodka à la main. Son père n'était qu'un salaud qui l'avait mise en cloque pour lui gâcher la vie. Le petit Phil avait été plusieurs fois menacé par l'énorme lame du couteau que brandissait sa génitrice. La douleur physique n'était rien comparée aux paroles assassines de son discours irrationnel. Elle feignait mieux que personne. Tantôt adorable, tantôt ignoble. Le plus souvent, elle faisait preuve de cruauté verbale. Elle n'avait jamais voulu d'un enfant. Elle n'avait pas eu le courage de se faire avorter. Elle le regrettait tellement. Elle aurait souhaité qu'il soit mort-né. Si seulement les infirmières l'avait noyé comme un vulgaire chaton dont personne ne voulait ! Elle était complètement paranoïaque. Chaque soir, elle prenait son fils par la main pour l'emmener dans sa chambre.

─ Regarde, mon chéri. Tu vois là, sous l'oreiller de maman ? Il y a un couteau. Quoi qu'il arrive, je serai capable de me défendre des intrus... toi y compris. Va te coucher maintenant. Bonne nuit.

Bien entendu, le sommeil de l'enfant était infesté de démons qui le pourchassaient. Celui qui parvenait à l'attraper et à le massacrer affichait une ressemblance troublante avec sa mère.

Un soir, alors qu'il n'avait que treize ans, il avait été roué de coups. En dépit de ses prières, sa mère continuait de le frapper encore et encore. Profitant d'un moment d'inattention, il s’était précipité vers la cuisine, avait ouvert un tiroir, saisi le couteau le plus tranchant et couru droit devant. Malgré l'obscurité, il avait atteint sa cible. Plus jamais cette femme n'allait être son bourreau. La lame pointue de l'ustensile avait percé la chair de sa génitrice. Il lui avait asséné un premier coup. Puis, deux. Trois. Il n'avait arrêté que lorsqu'il était à bout de souffle. C'était au mois de Novembre... Suite à ce terrible événement, il avait passé tout le reste de son adolescence en maison d'accueil pour jeunes en difficulté.

─ Phil ? Tout va bien ? Tu as le teint blafard !

─ Je ne veux pas de cet enfant.

Il éteint la lampe de chevet avant de se mettre en position du fœtus et de fermer les yeux.

Mae, pour sa part, demeure interdite. Le sol s'est dérobé sous ses pieds. Elle n'en revient pas. Comment un homme peut-il refuser son propre enfant. Elle porte en elle un miracle, un don du Ciel. Des larmes roulent sur ses joues. Elle sait pertinemment qu'elle n'obtiendra rien de Phil maintenant. Elle va devoir attendre demain matin.

Vers trois heures du matin, Phil, réveillé par des cauchemars, se lève. Il trébuche sur son caleçon qui traîne sur le sol. Il s'immobilise un court instant. Mae dort à poings fermés. Parfait. Il quitte la chambre en direction de la cuisine. Son crâne le fait souffrir. Les mots de sa femme résonnent dans son esprit tout entier. « J'ai fait le test, je suis enceinte ». Une phrase. Quelques mots ont suffit à l'enfoncer un peu plus dans la vase. Alors même qu'il doit supporter la noirceur de son âme en ce mois de Novembre, elle n'a rien trouvé de mieux que de tomber enceinte. Quel idiot ! Tu aurais dû t'assurer qu'elle prenait ses précautions ! Ta mère avait raison : tu n'es qu'une loque. Un crétin dont il aurait fallu se débarrasser à la naissance. Tu vois bien, même ta femme se moque de toi.

Quelques minutes plus tard, susurrant qu'il ne veut pas être père, il enfonce un couteau dans le dos de sa femme endormie pour l'éternité.

N-o-v-e-m-b-r-e. Huit lettres. Trente jours. 2 592 000 secondes. Une seule pour devenir meurtrier.

© Sal_Min – juillet 2008

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05 août 2008

2 592 000 secondes... (mise à jour)

Bientôt...

Il va falloir attendre encore un petit peu :-)

La nouvelle est fin prête, mais j'ai décidé de participer à un concours qui m'empêche de la mettre en ligne.

Dès que je pourrai, promis, je la publierai sur ce blog!

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23 juillet 2008

Ah! Les maisons d'éditions (suite!)

23 juin 2008

Je me décide à expédier "Claustrations", mon second roman, à une certaine maison d'édition. Je ne suis pas du genre présomptueux, mais j'ai bon espoir: mon histoire entre dans la ligne éditoriale. Enfin, il me semble...

23 juillet 2008 (seulement un mois!!!)IMG_4907

J'ouvre ma boîte aux lettres et découvre une enveloppe blanche, cette fois. Je me dit "ok, c'est un refus, sinon, ils t'auraient appelé directement".
Et effectivment, il s'agit d'une lettre de refus... pas comme les autres.

En résumé, on me remercie d'avoir envoyé mon manuscrit tout en m'assurant qu'on est désolé de ne pouvoir lui donner une suite favorable.
Bref, rien de neuf. On dit poliment "non".

Mon regard continue son parcours. Et là, quelques lignes plus bas...
Deux ou trois phrases pour me dire ce qui a été apprécié! Encore plus bas, des remarques me sont adressées afin d'améliorer certains passages. Le tout se fait avec une précision de rasoir! "Tel moment, tel passage. Glissez des indices plus tôt", etc.

Pour résumer, j'ai expédié un courriel au service des manuscrits afin de remercier de ses conseils la personne qui s'est donné la peine de lire mon manuscrit.

Vous savez quoi? Je vais les retravailler, ces passages! Et je vais tenter ma chance encore une fois :-)

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12 juillet 2008

Ah! Les maisons d'édition...

Janvier 2008.

"La qualité de votre manuscrit n'est pas mise en cause. Il a été refusé pour des raisons de budget. Renvoyez-le-nous dans le milieu de l'année."

Mai-Juin 2008.IMG_4922

Je me hâte de corriger les dernières coquilles qui, telles des tiques, se sont accrochées au papier et ce, malgré maintes relectures. Je l'imprime et le fais relier. Cette fois, j'ai choisi un travail plus "fini", j'y ai mis le prix...

07 juillet 2008.

Dans ma boîte aux lettres une grande enveloppe brune. Elle contient visiblement ce qui doit être un manuscrit. Fébrilement, je déchire un côté. Quelques secondes plus tard, je lis à haute voix les quelques mots de la petite carte qui accompagne mon manuscrit. "Merci de votre confiance, malheureusement votre manuscrit "Claustrations" ne pourrait entrer dans notre programme d'édition. Nous en sommes désolés". L'impression qu'ils se moquent de moi m'envahit tout entier...


12 juillet 2008.

Je me retrouve devant mon ordinateur à pianoter sur le clavier. Quelques mots adressés aux lecteurs de ce blog pour partager ma déception.

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Apatride

Bonjour à tous, voici ma première nouvelle. Comme vous le constaterez, elle est courte... mais intense. L'actualité est une excellente source d'inspiration...

La seconde arrive incessamment.

Apatride IMG_4945

Le cri perçant de mon réveil résonne dans tout l’immeuble. J’ouvre les yeux. J’ai froid. Je tremble. J’ai chaud. Des gouttes de sueur sourdent de mes pores. Je retire la couverture. J’étouffe. Je tente de me calmer. Je fixe le plafond. J’ai mal à la tête. Je frissonne. Je me recouvre. Ma tête est si lourde. J’eusse reçu des coups de matraque, je n’aurais pas plus mal. Ça y est, c’est officiel. Ils l’ont fait : mon pays n’existe plus. Le Nord a proclamé son indépendance. Ma patrie a été définitivement déchirée en deux hier soir. Des années de batailles. Des années de compromis. Des années que ça nous pendait au nez : tout le monde le savait au fond. Ce pays ne tiendrait pas le coup. On le savait. Enfin, c’est ce que ces idiots de politiciens racontent depuis un peu moins de deux cents ans. Pourtant, l’annonce fit l’effet d’une explosion dans ma tête.

Je vais être en retard. Il faut que je me lève. Je n’y parviens pas. Je suis étourdi par ma nouvelle situation. Je sais à peine qui je suis. Enfin, si. Je sais. Mais d’où suis-je? Je n’ai plus de pays. Quelle est ma nationalité ? Je ne sais pas. Il y a dix minutes, le réveil me sortait d’un sommeil profond qui m’empêche de penser. Depuis, je suis dans la même position. Ventre face au plafond que je ne lâche pas de mon regard vide.

Un frisson me parcourt tout entier. Je dois quitter ce lit. Je dois me rendre au travail. Le boulot… ça aussi, je ne sais plus quoi en faire. Je suis si las. Tous les jours la même ritournelle. Chaque matin, j’aperçois les mêmes visages. J’accomplis machinalement les tâches qui m’incombent. Puis, je rentre chez moi, après avoir perdu une heure coincé dans les bouchons. Que ma ville est belle. La capitale. J’y suis tellement attaché. Le lieu parfait pour stimuler son intellect. Des musées, des expositions, des théâtres. Une ville culturelle, en somme. Mais, quelle confusion aux heures de pointe ! Quoique… Elles n’existent plus vraiment. Quelle que soit l’heure, il y a du monde sur les routes. Incroyable ! On prend donc son mal en patience. La musique aidant. Je me retrouve dans ma voiture presque à l’arrêt, chantant à tue-tête avec les artistes qui passent à la radio. Chanter, j’adore ça. Après une journée de travail, la musique est mon défouloir. J’évacue tout le stress accumulé en braillant sur des mélodies. J’arrive chez moi, calme. Tout compte fait, je pense que les embouteillages me sont salutaires. Ils me permettent de régurgiter les mauvais moments de mes longues journées.

Je me décide à me lever. Je m’assieds au bord du lit. J’ai la tête qui tourne. Je vais devoir rejoindre la salle des bains. Il faut continuer à vivre. Le travail m’attend. Il faut que je me rende de l’autre côté de la frontière. Dans la région du nord. Ah, non ! Ce n’est plus une région. C’est un nouveau pays. Lequel ? Je ne sais pas. Quel nom ont-ils choisir ? Je m’en fiche.

Je me retrouve sous le jet d’eau chaude. Je ne prends aucun plaisir. Je coupe l’eau, me sèche et m’habille. Je pénètre dans ma chambre. La morosité du temps correspond à mon état psychologique. Le ciel est opaque. Les nuages s’apprêtent à déverser des litres de pluie. Je jette un œil à ma montre : 8h30. Il est l’heure de quitter mon appartement. J’exhale un soupir. Je m’installe sur le coin du lit. Je ploie la tête. Je réfléchis. Un déferlement de questions envahit ma tête. Je ne sais plus qui je suis. À qui appartiens-je ? Mon pays a éclaté. Je me sens orphelin. Que faire ? Retourner dans le pays d’origine de mes grands-parents ? Je doute. Serais-je bien accueilli là-bas ? Ne serais-je pas considéré comme un étranger ? Certainement. Mais dans ce cas, que faire ? Rester ici ? Les larmes se mettent à couler. Je me sens seul au monde. Un désœuvré qui erre sur des terres inconnues. Je sèche mes larmes du revers de la main. Je me lève. Je quitte mon appartement. Je croise la voisine sur le palier. Ses yeux trahissent son désarroi. Nous nous saluons poliment. De nature prolixe, elle ne prononce pas un mot.

Dans l’ascenseur, je me prépare psychologiquement à abandonner le temps d’une journée l’unique endroit auquel j’appartiens. Une fois dehors, une rafale me lacère le visage. Le ciel est prêt à me tomber sur la tête. La tempête s’installe doucement. Je monte dans la voiture. Je fais le vide. Une nouvelle journée commence. Je tente d’oublier mon triste sort. Je n’allume pas la radio. À quoi bon ? Je sais déjà de quoi sont composées les informations. Ce sont les mêmes que celles d’hier. Les routes sont anormalement calmes. La population aurait-elle disparu en même temps que mon pays ? Je prends la direction du bureau. Tout droit, à droite, à gauche et tout droit. Je ne suis plus qu’à une dizaine de kilomètres de mon lieu de travail.

Un barrage m’empêche de passer. J’interroge l’un des policiers. Que se passe-t-il ? Je dois aller bosser. Il me répond calmement que je ne peux pas passer. Il me faut un visa. Je m’offusque. Ma respiration s’accélère. Je crois rêver. Ce n’est pas possible. On m’explique qu’il suffit d’aller dans ma commune pour réclamer un visa pour le « nouveau pays. » Il suffit de… ?! Mais c’est aussi mon pays, merde ! Après un chapelet d’insultes cordiales, je fais demi-tour. Je reprends la route dans l’autre sens. Je compose le numéro de mon supérieur. J’attends. Cinq sonneries. Six. Dix. Répondeur. Je raccroche juste avant le bip. Le sang bat dans mes tempes. Ma vue se trouble. J’évite de justesse un accident. J’arrive dans l’avenue où j’habite. Je gare la voiture. Je descends. « Il suffit d’aller dans votre commune pour… », cette phrase résonne dans ma tête. J’ai mal au ventre. La lame d’un poignard y a pénétré depuis l’annonce de la disparition de mon pays. Je souffre. Je ne vois pas vers qui me tourner. Tant bien que mal, j’arrive devant la porte de mon appartement. Je peine à introduire la clef dans la serrure. Je tremble. Je réprime une envie de hurler.

Je me retrouve enfin chez moi. Je retire ma veste. Je la range dans le placard. Pour m’aider à aller mieux, je décide de me servir une double vodka. Je me laisse choir dans un fauteuil. Cela me relaxe un peu. Je fume une cigarette. Deux. Trois. Je laisse ma tristesse éclater. Je pleure à chaudes larmes. Un torrent de liquide salé coule sur mes joues empourprées.

Je me lève, me rend dans la cuisine. J’ouvre le tiroir du haut. Je saisis un couteau. Non, celui-là est trop petit. Je le remets à sa place. Je prends un couteau plus grand. Je me dirige vers la salle de bains. J’ouvre le robinet. Pendant que l’eau chaude remplit la baignoire, je me déshabille. Je considère mon reflet complètement nu un instant. Je saisis l’ustensile qui va m’aider. Je déchire la peau de mes poignets. C’est douloureux. Mais ça fait du bien. Je fais de même au niveau des chevilles. Le mal physique n’est rien comparé au mal psychique. Je coupe l’eau. La baignoire déborde presque. Le sang suintant de mes blessures, je me plonge dans les flots. Des filets rouges forment de lignes ondulées dans l’eau. Elle devient rougeâtre. Je ferme les yeux. Je me laisse envahir par la douce torpeur de la mort.

Les instincts sont puissants. À bout de souffle, je relève la tête. Ce n’est pas mon heure. Mort, je ne servirais à rien. Vivant, je pourrais me battre. Oui, je dois sauver mon pays. Je sors de la baignoire. Ruisselant, je tends le bras vers la serviette. Je me sèche. Les plaies picotent. J’applique un pansement. Le sang ne coule plus. Je m’habille. Je fais les cent pas. Le salon. La cuisine. La cuisine. Le salon. Je passe la main dans mes cheveux. Je réfléchis. Comment faire ? Par où commencer ? Je m’appelle Erotavlas, Belge d’origine étrangère devenu apatride.

© Sal_Min – 2007

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